Molinos para el Quijote

par Raquel Medina de Vargas


Fils d'exilés républicains espagnols, Jean-Pierre Rodrigo fait preuve d'un intérêt précoce pour les arts, tant pour le dessin et la musique, où il se réalise professionnellement, que pour la peinture qu'il cultive avec intensité ces dernières décennies.


En 1999, il a présenté au Musée d'art moderne de Tarragone une importante exposition dans laquelle l'architecture, ou plutôt  l'architectonique, apparaissait comme un substrat référenciel toujours interprété au sens large, subjectif et polyvalent. L'évocation célébrait quelques jalons importants de l'histoire de l'architecture méditerranéenne (spécifiquement romaine et renaissance),  s'étendait à l'archéologie et à tout ce qui entoure le monde construit depuis les origines, au moyen d'un langage qui  caractérise l'artiste pour lequel,  la géométrie et l'ordre  s'équilibrent avec de forts accents dont la singularité inclus les techniques, les matériaux employés et  un chromatisme austère réduit à une gamme de blancs, noirs, beiges et ocres.


Depuis lors, tout en conservant ses caractéristiques essentielles, Rodrigo a  expérimenté et  évolué au travers des séries thématiques qui segmentent sa production.

En 2002, il aborde une série originale, Escenografias de Goya, inspirée des gravures du célèbre aragonais desquelles il  exclut les personnages.


En 2003,  la mort de son épouse France (Youyou) le marque profondément. Il lui consacre la série Cactus de Youyou dans laquelle le poids du sujet cède en faveur d'un nouveau concept d'une grande fraîcheur dans  l'exécution et  la composition bi-dimensionnelle, soulignant la spontanéité de la ligne.Tout ceci se conforte avec les séries Càntirs (2005) et Figues de Moro (commencée en 2006) qui accentuent la répétition séquentielle et rythmique d'un même élément iconographique.

Dans cette nouvelle étape il faut également souligner son engagement dans la réalisation de céramiques sculpturales parallèlement à chacune de ces dernières séries. 


Exposé à l'Instituto Cervantes de Toulouse, le thème des  Molinos para el Quijote met en lumière les profondes racines hispaniques qui ont toujours nourri l'œuvre de Rodrigo.

Initiée en 1999, la série s'étend en  séquences distinctes jusqu'en 2003, date à laquelle l'auteur y met fin à la suite du décès de sa femme, bien qu'il la reprenne deux mois plus tard dans une  oeuvre unique qui lui rend hommage, La quijotesca batalla con los molinos de viento (5 - 6 juillet 2003 ).

L'influence permanente du mythique et intemporel Quichotte, interprété dans une vision personnelle, est pleinement signifiée dans les images de la série. Il ne s'agit pas d' une simple illustration, mais d'une re-création subjective du personnage et, surtout, du paysage scénographique dans lequel il vit,  l'auteur soumettant les différents éléments de son langage plastique à une remarquable épuration, en accord avec une  sensibilité contemporaine clairement engagée.


Les moulins, convertis en  signes ou icônes à peine esquissés, apparaissent groupés sur les douces collines de la plaine castillane, sur des promontoires rocheux ou alignés sur des horizons arides, mais toujours intégrés dans des compositions habiles d'une extrême simplicité, surprenantes par la variété des solutions syntaxiques autour d'un même concept. Malgré la contention et l'austérité des moyens employés, ces oeuvres  irradient une puissante expressivité et constituent une manifestation spontanée de  créativité et d'équilibre entre intuition et  réflexion.

Nous pouvons dire de même pour les oeuvres, plus élaborées et  denses,   consacrées par Rodrigo aux villes de Nîmes et  Tolède, et pour l'ensemble de l'exposition qui révèle la maturité expressive de l'artiste et la solidité de son discours pictural.


Raquel Medina de Vargas, Docteur en Histoire de l'Art, critique de l'AICA.






 
BiographieBiographie.html
ChronologieCHRONOLOGIE.html
ExpositionsExpositions.html
VidéosVideos.html
ContactContact.html
CéramiqueCeramiques/Ceramiques.html
PeinturePeintures/Peintures.html
SculptureSculptures.html
Rodrigo SubiranaAccueil.html
TEXTESTextes.html